Au lendemain de la crue historique qui a frappé le Sud-est, les sinistrés témoignent du "jamais vu". "Même s'il ne pleuvait plus, l'eau continuait de monter, tout le temps", raconte une habitante de Hyères.

Alors que les cours d'eau amorcent leur décrue lundi 20 janvier au matin, l'heure est au constat des dégâts dans le Var, toujours placé en vigilance orange pour inondations. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, les ministres de l'Intérieur Manuel Valls et de l'Ecologie Philippe Martin sont attendus sur place à partir de 9h15. Ils doivent prendre "dans les plus brefs délais" l'arrêté de catastrophe naturelle.

La région de Hyères, La Londe, Le Lavandou, a été durement touchée dimanche par les crues, à la suite d'un épisode orageux isolé mais violent survenu après deux jours de pluies. Deux hommes sont morts et un autre était porté disparu.

"Je coule, je me noie"

Pour Hyères, "c'est une crue historique", a dit dans la nuit le maire Jacques Politi, depuis le Forum du Casino où 70 rescapés ont été hébergés. Sur France 2, un sinistré d'Hyères raconte que "tout est arrivé d'un coup. L'eau est montée à une vitesse incroyable." Avant d'ajouter : "On n'a plus rien. C'est fini." Une autre sinistrée souligne que "même s'il ne pleuvait plus, l'eau continuait de monter, tout le temps."

Michèle, une résidente de Pierrefeu, confie dans "Var Matin" avoir eu "la peur de sa vie". Tandis qu'elle empruntait la route vers Lavandou, dimanche, une coulée de boue a emporté son véhicule. "Elle m'a tout de suite appelé pour demander de l'aide", raconte son mari. "Je coule, je me noie, appelle les pompiers", a-t-elle imploré au téléphone.

Le torrent de boue a traîné sa voiture jusqu'à un pont où elle s'est retrouvée bloquée dans sa voiture. "Elle ne pouvait plus bouger et l'eau montait sans qu'elle puisse ouvrir la portière", poursuit son mari. "Quand la boue est arrivée à la hauteur de la fenêtre, elle a laissé entrer l'eau et a pu ainsi ouvrir la portière en dépit du courant qui l'entraînait. Un voisin a réussi à la rattraper et à la tirer hors de l'eau. Elle est donc saine et sauve mais elle est encore sous le choc."

"Si notre fils n'était pas intervenu, on serait mort"

Le nombre total d'évacués est difficile à évaluer, selon le préfet Laurent Cayrel, qui a évoqué une soixantaine de personnes sur La Londe et une soixantaine sur le seul quartier de l'Oratoire à Hyères. Au moins six centres d'hébergement ont été ouverts, dans un gymnase au Luc ou dans un hôtel à Pierrefeu.

On a vu un grand torrent d'eau qui arrivait, de l'eau rouge", raconte Mady, une habitante de La Londe, sur France Info. "J'ai eu très peur."

Christine, également habitante de La Londe, raconte son calvaire à France Info : "Toute l'eau est arrivée en flot et nous a envahi dans la cuisine. On est resté coincé trois heures dans une hauteur d'eau importante. Trois heures c'est long, quand on est dans de l'eau glacée. On s'est dit que c'était nos dernières minutes, que la vie était finie. Si notre fils n'était pas intervenu, on serait mort."

En pleine montée des eaux, Mireille s'est elle retrouvée bloquée dans la rue, ne pouvant plus rejoindre sa maison à Hyères. "C'est catastrophique, je n'ai jamais vu ça", confie-t-elle à "Metro". "C'est pire que lors des dernières grosses inondations d'il y a 12 ans."

On avait pris les devants en montant le matériel sur des tréteaux, mais là c'est foutu ! L'eau est passée par-dessus", se lamente au quotidien Jordan, un mécanicien situé à la lisière de la rivière.

"La mairie ne fait toujours rien !"

Une douzaine de routes restent coupées, mais d'autres ont rouvert dans la nuit. Quelque 500 foyers sont encore privés de courant. Sur le terrain, le dispositif était maintenu, avec 500 pompiers, 200 gendarmes, 75 militaires, chargés notamment de commencer à remettre la région en état : pompage, déblaiement, évacuation des nombreux animaux morts...

"Tout d'un coup on a vu une vague arriver du lac de la colline Sainte-Eulalie", explique à l'AFP Kevin Van der Steen, dont la famille construit des serres à Hyères. "Tous nos véhicules, tracteurs et machines agricoles sont sous les eaux".

Karine, une horticultrice à Hyères, se désole sur France Info : "De l'hélicoptère, on a pu voir un peu le résultat. Tout sous l'eau. C'est une catastrophe... Quand on a 80 cm, voire 1 mètre d'eau, on ne peut rien récupérer et on perd tout le matériel. C'est du jamais vu. Ça fait 36 ans que je vis dans ce quartier, mon père qui en depuis 65 ans, et on a jamais vu ça."

Antonio Mastrodonato, président du conseil syndical d'un lotissement d'Hyères, ne supporte plus la fatalité. Dans "Metro", il critique : Tous les deux ans, c'est pareil. Dès qu'il y a un gros coup de pluie, c'est l'inondation et la mairie ne fait toujours rien !"

Les cumuls de pluies sur ce département devraient atteindre au total 80 à 160 mm, et localement jusqu'à 150 à 200 mm, selon Météo-France. L'alerte orange pour "pluie" a été levée. Une alerte orange pour inondations est par ailleurs en cours pour le fleuve Rhône, d'Avignon au delta.

B.M. avec AFP