Par Anne-Laure Lebrun

Des recherches en psychologie montrent que les premières impressions tiennent un rôle très important dans nos relations.

Il ne suffit que de quelques secondes pour se faire une opinion, bonne ou mauvaise, à partir de l'apparence d'un interlocuteur. Et si l'on sait qu'il ne faut pas «juger un livre par sa couverture», nous le faisons pourtant naturellement. Or de récentes études présentées lors de la 15e conférence de la société de psychologie de la personnalité et sociale, à Austin (Texas) la semaine dernière, montrent que la première impression façonne nos relations aux autres de façon durable.

Les premières impressions sont des déterminants puissants dans notre façon de nous comporter face aux autres. En 1973, Margaret M. Clifford, psychologue américaine spécialisée en psychologie de l'éducation, et Elaine Walster, professeur de psychologie et de sociologie, démontrent que les instituteurs attendaient davantage des enfants qu'ils jugeaient plus beaux que les autres. Quelques années plus tard, en 1980, Anthony Greenwald, professeur de psychologie à l'Université de Washington, rapporte que les individus sont peu réceptifs aux nouvelles informations qui peuvent modifier leur opinion initiale. Les recherches suivantes abondent dans ce sens.

Perception subjective

Les nouvelles études présentées lors de la conférence d'Austin confirment que le comportement non verbal fournit beaucoup d'informations à l'observateur. «Les premières impressions permettent de caractériser une personne à partir de traits marquants qui influencent la construction, dans notre esprit, d'une personnalité entière, confirme au Figaro Gustave Nicolas-Fischer, psychologue et professeur à l'université de Montréal et de Genève*. Par exemple, si une personne vous sourit dans la rue, vous allez la trouver sympathique et vous allez supposer qu'elle est gentille, généreuse. Les premières impressions mènent à une construction subjective de la personnalité».

Parmi les études exposées à Austin, l'une d'elles, en attente de publication, s'est intéressée à la perception de l'orientation sexuelle. Nicholas Rules et ses collègues de l'université de Toronto au Canada se sont concentrés sur ce thème «car on juge facilement de l'orientation sexuelle de quelqu'un sans critère précis». Ainsi, ils ont montré à cent participants vingt photos de visages d'hommes. La moitié de ces hommes étaient homosexuels et les autres étaient hétérosexuels. L'orientation sexuelle de chacun était inscrite sur chaque photo et les participants devaient mémoriser l'information. Cependant, pour prouver que la perception de l'orientation sexuelle est subjective et non fondée, les chercheurs ont brouillé les pistes et ont dit que cinq homosexuels étaient hétérosexuels et vice versa. Ensuite, les chercheurs leur ont montré à nouveau les photos mais sans indication, une première fois pendant un temps très court et une seconde fois plus longtemps. Ils ont observé que moins les participants avaient de temps pour répondre, plus ils se fiaient à leur première impression alors que la seconde fois, ils prenaient en compte l'information donnée précédemment. Même si un processus de correction peut se mettre en place, «la première impression s'impose aux participants alors qu'ils ont connaissance d'un fait pertinent qui la contredit», analyse Nicholas Rule.

Annonce notre comportement

Le but de cette expérience était «de faire comprendre aux participants la différence entre la perception qu'on a d'une personne et ce qu'on sait de celle-ci», raconte Nicholas Rule.

Également présentée au congrès, une étude américaine illustre la subjectivité des premières impressions et leur impact sur le comportement. Dans cette expérience, des participants ont observé des photos de femmes et devaient juger leur personnalité. Un mois plus tard, ils se rencontraient. L'étude montre que la première impression basée sur la photo prédit de façon exacte le ressenti du participant lorsqu'il est face à la personne photographiée. L'une des auteurs de l'étude, Vivian Zayas de l'Université de Cornell dans l'État de New-York, assure «que les jugements positifs ne changeaient pas, même après avoir obtenu plus d'informations lors d'une rencontre en chair et en os».

«Nos perceptions sont déterminées par une catégorisation basée sur des modèles culturels de représentation, comme les préjugés et les stéréotypes», explique Gustave-Nicolas Fischer. Cette classification nous permet d'appréhender le monde sans nous laisser surprendre. Mais ces premières impressions, biaisées, peuvent aussi créer des attentes, de l'espérance voire des déceptions dans certains cas comme les sites de rencontres sur internet.

*Auteur de: «Les concepts fondamentaux de la psychologie sociale», Edition Dunod