Nos multiples écrans et en particuliers notre si précieux smartphone perturberait le fonctionnement de notre cerveau. Il est devenu surtout une des causes de notre manque de concentration.

Atlantico : Télévision, écrans d'ordinateurs, smartphones, tablettes... nous passons de plus en plus d'un écran à un autre : quelles en sont les conséquences sur nos capacités de concentration ? Comment ce phénomène a-t-il changé le fonctionnement de notre cerveau ?

Michael Stora : Le smartphone est ce que j'appelle un "doudou sans fil" : ce qu'on découvre à travers le smartphone c'est qu'il vient révéler chez beaucoup d'individus une grande incapacité à être seul. Le doudou permet à l'enfant de se représenter l'absence, preuve d'une grande intelligente et d'une grande maturité psychique par ailleurs, pour pallier au manque de la mère. Le smartphone permet de combler certaines inquiétudes et angoisses.

Il y a mille et une chose sur un smartphone, pourquoi autant de gens jouent à Candy crush ? C'est quand même un jeu assez débile qui va leur amener des récompenses parce que dans leur vraie vie ils n'en n'ont pas. Les applications qui comptent le nombre de pas pour voir combien nous brûlons de calories, c'est aussi complètement débile. Mais cela permet à certaines personnes, entre autres les plus de 65 ans, de marcher. La question est plutôt : le smartphone rend-il névrosé ? C'est parfait pour tout obsessionnel qui adore calculer tout ce qui lui arrive. Il peut rendre névrosé, mais surtout il révèle les névroses.

La concentration, c'est avoir la capacité de se focaliser sur une chose et à faire abstraction du reste. Aujourd'hui, on travaille dans des open spaces, c’est-à-dire dans des endroits stressants qui n'aident pas à la concentration. Celle-ci est liée à un contexte et à une histoire : la concentration a pour origine le fait de baisser son niveau d'excitation. On a prouvé que si on fait un métier qui nous fait plaisir, on a deux fois plus de facilités à se concentrer - mais énormément d'éléments entrent en jeu dans la concentration. Alors, oui, l'écran et son grand flux d'informations peut l'empêcher. L'exemple de Twitter est assez frappant : certaines personnes sont complètement accros à ce fil d'infos jusqu'au point de ne plus arriver à dormir, à cause du besoin d'être au courant de tout. 

Le smartphone agit-il de façon particulière sur le cerveau ? Pour quelles raisons ?

Tout ce flux d'informations fait qu'au bout d'un moment on n'arrive plus à se concentrer. Au-delà du smartphone qui n'est qu'une plateforme, Internet empêche la concentration parce qu'on reçoit beaucoup trop d'informations. Un chercheur américain a démontré que, comme les textes sur Internet sont courts, les gens n'arrivent plus à lire des textes qui font plus de dix pages.

Les dernières études en neurosciences ont montré qu'à l'inverse de ce que l'on pensait, nous n'avons pas nos vieux souvenirs rangés au fond de notre bibliothèque psychique. Mais ce qu'on a pu vivre à l'âge de deux ans est toujours présent en nous et peut entrer en collision à un moment donné. A nouveau, le plaisir entre en jeu pour la mémoire ; ce qui permet d'intégrer une information, c'est qu'elle rentre en télescopage avec mon histoire intime, parfois réel ou symbolique. D'une certaine manière, l'être humain ne fait que transformer ce qu'il entend et voit par rapport à ce qu'il est à tel moment de sa vie. Par exemple, quand on est déprimé, on retient moins bien.

Sommeil, productivité, sociabilité... A quels autres niveaux le smartphone est-il source de perturbations ?

On a besoin d'avoir notre sphère privée : même dans un lieu public, le smartphone est discret et pratique. Le geste interactif (jouer, écrire, répondre) est terriblement stimulant. On peut s'endormir devant une télé mais, en revanche, Internet empêche de s'endormir car cela stimule le cerveau. C'est tout le paradoxe des gens accros, car s'endormir c'est déconnecter : en somme, accepter que le monde continue de tourner sans nous.